Une Étrange Clairière - 2
oct 14th, 2007 by S. Leannán
2 - Apparition
…
[...]
Juste au pied du chêne, il le voit maintenant. « Il »…
Un chien.
Enorme. Qui le regarde.
Couché, de tout son long, la tête posée sur ses pattes avant.
Atténué par les mèches de poils qui retombent comme de longs cils vers son museau, l’éclat de ses yeux sombres le fixe, il le sait, il le sent.

Que doit-il faire?
Il n’a pas peur des chiens, petits ou grands. Mais comme ça, au milieu de la forêt… Qui sait si celui-ci n’est pas sauvage? Une bête pareille n’a certainement pas besoin des soins d’un humain pour survivre dans la nature. D’ailleurs… C’est un lévrier irlandais, il reconnaît la forme de la tête, du museau, la force des pattes. “Wolfhound”, chasseur de loup… Un chien pour un loup. Pas besoin de meute, avec un tel animal. Il en a vu une douzaine, dans une exposition il y a trois mois. Rien à voir avec l’idée que l’on se fait généralement du lévrier. Le plus grand faisait plus de 90 centimètres au garrot, et plus de 70 kilos. Tout en muscle et en puissance. Celui-ci est du même gabarit, c’est sûr. Est-il digne du surnom de “Gentle Giant”, “Gentil Géant” ou, plus exactement “Doux Géant”, donné il y a bien longtemps à ses congénères?
Davin se balance très lentement d’une jambe sur l’autre, épiant les réactions du chien. Il ne bronche pas, mais ses yeux le suivent, il le voit au mouvement de ses “sourcils”. Davin ose un pas en avant. Le chien penche la tête sur le côté, sans la soulever. Un autre pas. Le chien laisse aller sa tête contre le pied de l’arbre. Deux pas. D’un mouvement, le lévrier fait glisser son corps sur le côté, ses grandes pattes s’étendant à la perpendiculaire de son corps.

Davin a l’impression étrange que plus il approche, plus le chien est détendu. Il s’avance encore, et le chien fait entendre un grognement d’aise.
Est-ce une invitation?
Davin en oublierait presque son inquiétude et sa contrariété. Bah… Une minute n’y changera rien. Il a bien envie de s’assurer que l’animal n’est pas blessé, car son attitude est décidément… incongrue.
Il s’approche encore, et discerne alors un collier au cou du lévrier, entre les longs poils gris que le soleil allume de reflets d’argent. A un éclat plus vif, Davin devine une médaille. Oh, bien, s’il y a un numéro de téléphone, il va pouvoir appeler son maître… quand il arrivera au village. Le chien bat de la queue, doucement, quand Davin s’agenouille.
- Qu’est-ce que tu fais là, mon Grand?
Davin pose sa main devant le nez du chien, pour qu’il puisse le sentir. Sans doute a-t-il capté et analysé son odeur avant même qu’il n’approche, car l’animal ne la renifle même pas. Il bat toujours de la queue, décontracté et satisfait, apparemment. Davin caresse l’épaule musculeuse. Il n’a pas du tout l’air d’un chien perdu, son poil est superbe, propre, pas une mèche feutrée, on croirait qu’il vient d’être brossé.
- Où est ton maître, mon Beau?
Bon, voyons cette médaille, quand même…

Un bruissement dans les branches, au-dessus de lui, lui fait lever la tête, mais c’est juste derrière lui, qu’il entend un bruit de chute.
Davin s’est relevé d’un bond, d’un violent sursaut serait plus exact, en se retournant.
Le chien, lui, n’a même pas bougé la tête.
Davin se fige à nouveau.
Debout devant lui, à moins d’un mètre, une étrange apparition…
Étrange…? Non.
Extraordinaire.
[...]
…
À suivre… si “on” veut…
…
S. Leannán
[audio:
…
