Nuit sans sommeil
oct 10th, 2007 by S. Leannán
…
Le Jour va se lever bientôt.
Un Jour nouveau.
Unique…
Ce noir profond comme l’infini se teintera de gris, imperceptiblement. À ma page mon regard retournera, et quand il cherchera à nouveau le reflet des bougies dans l’éclat qui l’attire, à la surface froide et lisse du verre, là-bas, sur la vitre, juste au-delà se dessinera l’Aube, presqu’une illusion… Une promesse, déjà… Je reconnaîtrai la silhouette charnue du grand pin dont les branches frôlent l’avant-toit, bras tendus vers cette bâtisse juste aussi vieille que lui comme s’ils cherchaient à la caresser, compagne depuis toujours fidèle de ses petits matins frileux, brumeux, lumineux… selon l’humeur du temps. Ses doigts d’aiguilles n’y parviennent que lorsque le Vent se fait son complice… Ce ne sera pas pour aujourd’hui : la Nuit fut calme, l’Aube sera sans souffle.

Ai-je dormi ?
Je ne le crois pas.
À peine ai-je un instant fermé les yeux.
Le Chien m’a fait lever. « Je veux sortir », a-t-il dit de sa voix grave. Je l’ai d’abord ignoré, mais il a insisté. « Je veux aller dehors ». « Tu m’ennuies », ai-je répondu. « Fais-moi sortir », a-t-il rétorqué. « Tête d’Irlandais »… « Dehors je veux aller, ouvre-moi ». Comme toujours, j’ai obéi. N’a-t-il pas su bien me dresser ? Mieux que je n’ai su le dresser, lui. Il faut dire que je n’ai jamais essayé. Dans quel but… ?
Je lui ai ouvert, repoussant derrière lui la double porte de la véranda. C’est toujours sur le même battant qu’il imprime la marque de son nez pour rentrer… et le bois fait toujours ce même bruit mat quand ce battant, sous la poussée, heurte la malle anglaise du 18ème qui a le mauvais goût de se trouver à la butée de son invariable trajectoire … Sacrilège, dit ma Voisine. Comme si la malle s’en souciait… Elle en a vu bien d’autres, je le sais…
Le temps que le noble quadrupède d’Irlande, d’un mouvement de sa truffe sombre se décide à outrager cette vénérable relique anglaise – n’est-ce pas là un juste retour des choses ? - j’aurai déjà, en solitaire, réglé son sort à la «plaque» de chocolat tout à fait suisse que j’ai tirée de l’armoire avant de m’asseoir à mon bureau. À cette époque de l’année, il ne fait pas bon se rendormir quand le Chien est dehors, et risquer ainsi de laisser la porte ouverte pour le reste de la Nuit. J’aime les petits matins frais d’automne, mais il y a «frais» et «frais»…
Le sucre a fait son œuvre, et la théobromine aidant, je n’ai plus la moindre envie de retrouver mon lit. Sur mon pied droit une lourde tête s’est posée, sans remord ni états d’âme. Cette nuit encore il m’a soustrait à la tiédeur de mes draps, sans vergogne. Savez-vous que les Chiens qui partagent votre couche ne vous jouent point ces tours-là ? J’ai bien essayé d’apprendre à celui-ci de grimper sur mon lit, comme ses prédécesseurs, mais il n’a jamais voulu entendre raison. Il préfère que je veille près de lui, plutôt que de dormir à côté de moi. Deux vigiles valent mieux qu’un, dit-on…
Ce Chien me met dans l’embarras… Cela ne saurait tarder, du moins, car c’est la troisième fois qu’il me fait lever en pleine nuit, et reste dehors à guetter les Renards jusqu’au point du jour, et la troisième fois que j’entends, venant de ma chambre, un appel moins grave que le sien, et bien plus mélodieux… Comment se fait-il que je cède à l’un et résiste à l’autre ? Ai-je le choix…? Ce n’est pas latin : le Canis Graius Hibernicus dépend de moi que nous le voulions ou non, tandis que l’Homo Sapiens Sapiens n’a nul besoin de me demander quoi que ce soit quand l’envie de sortir lui vient.
L’appel, encore…
« Je viens…», réponds-je.
Si je peux récupérer mon pied.
Oui, je peux. Je referme la porte.
Le temps de glisser ce mot dans la Catégorie « Juste un mot », la bien nommée, et de lui choisir une illustration… Nous n’en sommes plus à une minute près. Je sais que tout à l’heure on me demandera si je suis insomniaque, ou si ”mon” Chien est jaloux…
”Mon” Chien serait-il jaloux… ? Non. Il aime passer la nuit dehors, simplement.
Serais-je insomniaque… ? Non, je ne le suis pas. Je n’ai pas besoin de passer un tiers de mon temps à dormir, voilà tout.
« Tête d’Irlandais… », disais-je.
Je commence à distinguer le pin, derrière la baie vitrée.
Je vais aller dormir quelques heures, mais avant…
À tous Ceux qui se lèvent quand je me couche…
À Ceux qui déjà vaquent ou oeuvrent…
À Ceux qui dorment encore…
Je souhaite…
… une Belle et Plaisante Journée.
…
S. Leannán

Comment résister à ces yeux-là…?
Si vous le savez, ne me le dites pas
car en aucune façon je ne le souhaite.
S. - 13 Oct. 2007 -
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Merci S. Leannán ! Mais sous les nuits sans étoiles de cet automne frissonnant, heureusement que les lumières de tes écrits nous guident ! C’est d’une poésie si raffinée et délicate… bravissimo.
Oooh… Merci…
Je rougirais, si c’était dans ma Nature…
Mais c’est le Chien, la Muse, et quand dans le Ciel les Étoiles sont invisibles, dans ses yeux je les retrouve.
D’ailleurs, j’y pense… autant t’en faire profiter… et pour ce faire, de suite je m’en vais cet “article” éditer…
Ce regard-là contient plus que le firmament.
S.